Dans les coulisses du système financier, ce début de mois n’a pas été ordinaire. Au moment où nombre de paiements finaux sont réglés salaires, fournisseurs, taxes le système bancaire se retrouve confronté à une augmentation soudainement plus forte des besoins de trésorerie. Cette année, ce phénomène a été d’autant plus visible que les interventions de la Banque centrale ont atteint des niveaux rarement vus depuis janvier.
Selon les dernières données publiées par des observateurs du secteur financier, Bank Al‑Maghrib a porté ses avances à sept jours à environ 60,6 milliards de dirhams (MMDH) durant la première semaine de février un montant qui n’avait pas été observé depuis le début de l’année 2026. Ces avances sont des mécanismes par lesquels la Banque centrale prête ponctuellement des liquidités aux banques commerciales pour maintenir la fluidité des échanges.
Cette hausse de recours aux avances se comprend quand on sait que la fin de chaque mois est souvent synonyme de mouvements importants de trésorerie. Dans les jours qui précèdent les échéances, les banques doivent satisfaire à des obligations financières tout en gérant leurs positions de liquidité. Face à un besoin en liquidité accru, elles se tournent vers Bank Al‑Maghrib, ce qui explique la montée des volumes d’injections à court terme.
Un de mes contacts, cadre dans une grande banque à Casablanca, m’a confié cette réalité concrète : “On sent la pression sur nos comptes dès la dernière semaine du mois. L’accès aux liquidités à court terme devient critique pour éviter des coûts plus élevés ou des retards de règlement.” Cette anecdote illustre bien ce qui se déroule chaque mois, mais dont le grand public entend rarement parler.
Ce recours accru à la Banque centrale a, naturellement, eu un impact sur les taux du marché monétaire. Le taux interbancaire moyen a fluctué autour de 2,26 % à 2,27 %, légèrement au‑dessus du taux directeur. Le taux MONIA, indicateur de référence pour les échanges de liquidité entre banques, a lui aussi évolué autour de niveaux comparables. Cette situation n’est pas interprétée comme un déséquilibre structurel profond, mais plutôt comme un ajustement technique du marché à ses propres flux de liquidité.
Parallèlement, la gestion du Trésor public a également joué un rôle dans cette dynamique. L’encours moyen des placements à blanc et avec prise en pension a reculé à 6,8 MMDH, contre près de 12,9 MMDH une semaine auparavant. Cela tient à une variation classique de la disponibilité des fonds publics en fin de période budgétaire. Les spécialistes soulignent que cette baisse n’est pas alarmante : elle reflète simplement la rotation habituelle des liquidités dans un environnement économique contrôlé.
Autre signe que le mouvement monétaire n’a pas dégénéré en crise plus large : le marché obligataire a montré une certaine stabilité, tant sur le segment primaire que secondaire. Lors des adjudications du début février, le rendement des titres est resté relativement stable, malgré une offre limitée face à une demande soutenue. Ce déséquilibre entre offre et demande a entraîné un faible taux de satisfaction des adjudications, mais sans provoquer de choc violent sur les prix ou les rendements.
Pour les analystes économiques, l’épisode observé n’est ni anodin ni alarmant ; il rappelle surtout que le marché monétaire demeure sensible aux variations de liquidité, notamment en période de fin de mois. Ce type de tension est bien connu et fait partie des “cycles de vie” habituels du système bancaire. Le rôle de Bank Al‑Maghrib est précisément d’intervenir pour lisser ces effets et préserver un environnement de financement sain et prévisible.
Du point de vue des entreprises et des ménages, cette stabilité est rassurante. Elle garantit que les coûts de financement à court terme ne vont pas subir de volatilité excessive, ce qui pourrait se répercuter sur les crédits aux entreprises et aux particuliers. Plus largement, cela traduit une confiance persistante dans les mécanismes de régulation monétaire du Royaume.
Ce qui ressort de cet épisode, au‑delà des chiffres, c’est la preuve d’une mécanique financière robuste, capable de digérer des pressions temporaires tout en maintenant l’ordre des marchés. Cela dit, il invite aussi à une réflexion plus large sur la fluidité des marchés financiers et leur interaction avec les cycles économiques quotidiens.
Au terme de cette première quinzaine de février, le marché monétaire se révèle vivant et réactif : il traverse des phases de tension sans perdre son équilibre fondamental. Bank Al‑Maghrib y joue un rôle central, garant de la liquidité et de la stabilité. Un rappel utile que dans l’économie, comme dans la vie, la résilience se mesure moins à l’absence de défis qu’à la capacité à les surmonter.












L'accueil















